À la rencontre des agriculteurs de Jawadhu Hills, Tamil Nadu

Alors que nous sommes en chemin vers notre seconde mission en Inde – où tous les membres de l’équipe ont mis les pieds pour la première fois – il est grand temps de vous partager quelques détails et anecdotes sur la première. Nous venons en effet de remettre notre étude de mesure d’impact social à l’ONG Hand in Hand India, basée à Kancheepuram dans l’État du Tamil Nadu, au sud-est du sous-continent. Pendant un mois et demi, l’équipe AQWA s’est penchée sur deux de ses projets de développement de bassin versant destinés aux agriculteurs de la jolie région de Jawadhu Hills.

À la découverte de l’Inde et de ses coutumes

En matière d’accueil chaleureux, l’Inde excelle. L’équipe de Hand in Hand India a été aux petits soins dès notre arrivée à Kancheepuram. Pas 5 minutes ne se sont écoulées sans qu’un membre du staff ne s’enquière de notre bien-être. Logées au sein de la Guest House du siège de l’organisation, nous avons eu le privilège d’en découvrir l’envergure : Hand in Hand India travaille sur plusieurs projets de taille dans tout le pays, dont l’élimination du travail des enfants, l’éducation, la santé, ou encore la gestion des ressources naturelles, pilier pour lequel nous avons travaillé. L’ONG entend faire de ces piliers des entités indépendantes et viables à long terme bénéficiant du statut d’entreprises sociales, et a également récemment inauguré sa « Social Entrepreneurship Academy », que nous avons été invitées à visiter.

Qui pourrait écrire sur l’Inde, par ailleurs, sans dire un mot sur sa gastronomie ? En véritable atout culturel, elle y est diverse et goûteuse – jusqu’à en être évidemment parfois trop épicée. Nos palais français se sont cependant peu à peu adaptés et ont pu savourer des ribambelles de chappattis, dosas, idlys, pancakes, pooris, vadais, dals, biriyanis, et sambhar. Il y aurait autant de gastronomies indiennes que d’États en son sein, paraît-il, on a hâte de goûter la suite !

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L’Inde c’est aussi et surtout ses éclats chromatiques, sonores, et olfactifs, souvent associés aux rituels hindous, qui n’ont pas manqué de nous impressionner. Les festivals et processions s’y enchaînent ; les fleurs – blanches, rouges, jaunes – y abondent à chaque alcôve de prière et dans chaque chevelure féminine ; les grelots s’agitent aux chevilles des enfants ; les klaxons customisés retentissent en canon ; les chants et prières sont diffusés par des haut-parleurs publics à de nombreux coins de rue ; la flamme des bougies s’incline aux pieds des statues divines au passage des hindous venus faire de nombreux tours de temple suivant certaines croyances astrologiques ; les sarees – ces rectangles de tissu de 6 mètres de long dont Kancheepuram est le haut lieu – se déplient par dizaines aux pieds des clients dans les magasins pour se hisser ensuite sur les épaules de leurs nouvelles propriétaires. Et croyez-nous, enfiler un saree n’est pas une mince affaire ! C’est dans cet environnement intense que nous avons évolué tout au long de notre mission pour Hand in Hand, de Kancheepuram à Jawadhu Hills.

  

Une mission terrain pleine de rebondissements

Alors que l’Inde urbaine assaille, l’Inde rurale repose. C’est ce que nous avons découvert en arrivant à Jawadhu Hills, lieu d’implémentation des projets de développement de bassin versant sur lesquels nous allions travailler. C’est une région préservée, montagneuse et verte à 4h à l’ouest de la ville de Kancheepuram ; elle est riche de 80 000 habitants, dont la grande majorité subvient à ses besoins par ses propres productions agricoles, ainsi que par des séjours saisonniers dans les États voisins pour compléter un revenu annuel souvent insuffisant.

Pour contribuer à l’élévation des revenus agricoles, à la réduction de ce phénomène de migration et à l’amélioration des conditions de vie rurales, Hand in Hand met en place depuis 2014 un éventail de projets dans cette région, notamment la construction d’infrastructures de rétention de l’eau telles que des barrages, des étangs, des rigoles et tranchées. L’ONG organise par ailleurs des sessions de formation sur des thèmes aussi variés que l’agriculture biologique, l’apiculture ou encore l’élevage du poisson. Elle initie aussi la création de groupes d’agriculteurs, ce qui génère une plus grande autonomie de gestion et de collaboration au sein des communautés rurales. C’est l’impact social de l’ensemble de ces projets que nous avons eu la tâche de mesurer.

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Le début de la mission terrain s’est révélé assez complexe, notamment en matière de logistique et de traduction tamoul-anglais, éléments clés pour un rapport final réussi. En début de deuxième semaine de mission à Jawadhu Hills, nous avons dû par ailleurs nous déplacer jusqu’à Chennai – métropole située à 3h de route au-delà de Kancheepuram – pour nous faire enregistrer auprès des autorités administratives ; le processus ne prendra pas moins de 3 jours ! Les objectifs fixés dans le cadre de la collecte de données ont finalement été atteints sur le terrain, et nous avons eu la chance de vivre des moments privilégiés auprès des agriculteurs locaux.

Malgré des entretiens individuels relativement longs, les habitants avaient toujours du temps à nous consacrer pour répondre à nos questions. D’une pauvreté apparente, la richesse de leur accueil et de leurs sourires exprimait tout le contraire ; leur fierté d’être agriculteurs transparaissait également fréquemment. Nous avons aussi eu l’occasion d’organiser 8 « Focus Groups Discussions » – chacune d’entre elles rassemblant une dizaine de participants – et des entretiens qualitatifs avec des parties prenantes clés telles que le Project Manager ou encore les présidents des comités de gestion locale des projets.

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Un impact social incomplet mais à fort potentiel

Notre analyse s’est concentrée sur la génération d’impact social en matière de revenus agricoles, de bien-être et d’autonomisation des bénéficiaires. Nous attendions par exemple une élévation des revenus grâce aux infrastructures de rétention d’eau mises en place par Hand in Hand, via une meilleure productivité agricole permise par un accès facilité et optimisé à l’eau pour les cultures. Malheureusement, la collecte des données auprès des bénéficiaires n’a pas révélé un tel impact, ce dont nous avons pu facilement identifier l’origine : les projets de développement de bassin versant ont essentiellement été mis en place en 2015, et l’année 2016 a été catastrophique en termes de climat. Fin 2015, de violentes inondations ont ravagé les cultures, et le premier semestre de 2016 a été particulièrement sec. Le dérèglement des moussons, quasi concomitant à la mise en place des infrastructures de rétention d’eau, a ainsi annulé l’impact potentiel des projets évalués.

En revanche, l’impact social lié aux activités indépendantes du climat, telles que les sessions de formation ou la création de groupes autonomes, s’est avéré concluant : les bénéficiaires montrent davantage de confiance dans l’exercice de leur métier, la communication semble mieux circuler au sein des communautés et des systèmes de collaboration se mettent en place. Par ailleurs, les formations et groupes relatifs à l’agriculture biologique semblent porter leurs fruits en termes de sensibilisation et de pratiques agricoles.

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Il ne manque plus qu’aux équipes de Hand in Hand de poursuivre leurs efforts dans la durée pour voir apparaître de manière plus probante l’impact social sur les revenus agricoles, grâce à l’atténuation des effets des éléments conjoncturels climatiques gommés à plus long terme. Une nouvelle étude similaire dans quelques années, quand les projets de développement de bassin versant seront plus matures, saura révéler un impact social que nous savons d’ores et déjà à fort potentiel !

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