The WAH Foundation: quand impact social et loisir font bon ménage

L’équipe AQWA a eu la chance de travailler durant 5 semaines aux côtés de l’ONG The WAH Foundation qui, depuis 2008, oeuvre pour un meilleur accès à l’eau potable, de meilleures pratiques en matière d’hygiène et un meilleur accès aux soins médicaux  dans la région de Kampong Chhnang, au Cambodge. Retour sur notre mission la plus concluante en termes d’impact social depuis le début de notre aventure autour du monde en septembre dernier.

La douceur cambodgienne

Le passage de l’intensité de l’Inde à la tranquillité du Cambodge a été un choc relativement abrupt, au plus grand bonheur de nos oreilles et de nos papilles qui avaient grand besoin d’une pause. À notre arrivée, aucun bruit de klaxons. Un trafic fluide jusqu’à notre auberge. Les violentes épices ont disparu de nos assiettes, au profit de la suavité de soupes et plats de riz frit tout simplement agrémentés de boeuf, de citronnelle, de lotus ou de tiges de Ngo Gai. Notre coup de coeur culinaire: le boeuf Lôc Lac, que nous conseillons aux futurs voyageurs ! Des petits morceaux de boeuf (souvent parfaitement cuits, les locaux savent y faire), une sauce aux oignons à tomber, une petite colline de riz chapeautée d’un oeuf sur le plat et quelques crudités.

Le Boeuf Lôc Lac, notre coup de coeur culinaire

Plus encore que la tenue routière ou la gastronomie, c’est le respect des cambodgiens qui nous a étonnées. À chaque rencontre, ils joignent leurs mains devant leur menton pour marquer leur égard. D’ailleurs, plus leurs mains se rejoignent haut, plus le respect est grand. Saluer le roi implique ainsi de joindre les mains au niveau du haut de son crâne. Les enfants qui passaient devant nous lors de nos visites dans les écoles se baissaient à mi-hauteur, comme le doit toute personne devant une autre d’un âge plus avancé. Au-delà de ces signes de respect tangibles, les locaux ont cette capacité innée à exprimer douceur, attention et bienveillance à ceux qu’ils rencontrent, au travers de signes plus implicites tels que le ton de leur voix, leur regard affectueux, leur sourire affable, leur patience, la stabilité de leurs émotions ou la tranquillité de leurs gestes. 

Le Cambodge, ou pays du hamac

 

Une ONG pas comme les autres

C’est à Phnom Penh que San You, directeur exécutif,  est venu nous chercher le 23 avril dernier. Deux heures plus tard, nous voilà installées à Kampong Chhnang, capitale de la province portant le même nom, ville du siège de l’ONG.

The WAH Foundation avait été fondée par Chris Wilson en 2008, britannique reconverti des secteurs militaire puis privé. Reconnaissant envers l’accueil chaleureux que lui avait réservé le pays dans les années 1990, et marqué par la piètre qualité de l’eau à laquelle les populations locales avait alors accès, il décide de mettre sur pied une structure privée du nom de SCVD (Social Capital Venture Development) avec l’un de ses amis cambodgiens. Les progrès réalisés depuis le lancement de l’initiative sont immenses : dès leurs débuts, ils mettent en place des filtres à eau dans les écoles de la province. En 2011, ils signent un partenariat avec Unilever pour fournir savons, brosses à dents et dentifrices aux écoliers. C’est en 2013, qu’ils s’allient avec le KK Women’s and Children’s Hospital basé à Singapour pour garantir des formations auprès des sages-femmes et des infirmières de la région. Deux années plus tard, WAH ajoute aux filtres à eau un mécanisme de traction de l’eau du sol par un vélo sur lequel les écoliers peuvent eux-mêmes pédaler. Enfin, en 2016, la structure change de nom en faveur de WAH (Water and Healthcare) et un programme de bourses d’études supérieures pour des filles et des orphelins de la région est lancé, ainsi qu’une unité de production de savon par des femmes de la communauté de Kampong Chhnang.

Rencontre avec Chris autour d’un bon dîner

Ainsi, en moins de 10 ans, the WAH Foundation a su à la fois perfectionner ses activités – accès à l’eau potable, à l’hygiène et aux soins médicaux – afin d’optimiser son impact auprès des bénéficiaires, ainsi que se diversifier dans d’autres activités essentielles au développement économique et social de la région – éducation, égalité des chances et autonomisation des femmes.

Pendant 5 semaines, nous nous sommes exclusivement concentrées sur le projet phare de « bicycle-driven clean water system » mis en place par WAH dans les écoles de la province, qui combine un filtre à eau performant (ne laissant passer aucun organisme plus gros qu’un micromètre, sachant que le plus petit des virus en atteint deux), un mécanisme de traction de l’eau du sol par les enfants eux-mêmes via un vélo, et un programme intégré d’éducation à l’hygiène centré sur le lavage des mains et l’hygiène dentaire.

Pose audacieuse d’un élève devant le système WAH de son école, qui comprend notamment un vélo, un filtre à eau performant et des vasques pour se laver les mains

 

Le plaisir de révéler un impact social positif significatif

Afin d’évaluer l’impact social généré par le projet, nous avons rendu visite à 22 écoles bénéficiaires et 22 écoles non bénéficiaires du système WAH – primaires pour la grande majorité – de la province de Kampong Chhnang. Dans chacune d’entre elles, nous nous sommes entretenues avec le principal, le professeur en charge de l’entretien des sources d’eau, le professeur en charge de l’éducation liée à l’hygiène, ainsi qu’un groupe de 8 écoliers. Nos questions portaient sur 4 grandes catégories d’impact social sur les élèves que nous avions identifiées au préalable : le bien-être, la santé, l’éducation et la situation économique des familles dans une moindre mesure.

Réponse à main levée exigée pour certaines de nos questions !

Sans même avoir entamé l’analyse des données, nous savions d’ores et déjà, grâce à nos observations terrain, que les résultats seraient probablement très concluants. Cette intuition s’est révélée juste. En effet, 185 écoles, regroupant 38 171 étudiants, avaient été équipées du système de filtre à eau par WAH, et avaient bénéficié du programme d’éducation à l’hygiène de l’ONG. La fonctionnalité technique des systèmes WAH ainsi que la satisfaction des bénéficiaires au sujet de la qualité et du goût de l’eau ont atteint 100% de notre échantillon ! Par ailleurs, 95% des directeurs d’école interrogés ont confirmé une amélioration de la qualité de l’eau accessible à l’école depuis que le système WAH avait été installé. Cette amélioration a notamment permis à 21% des étudiants de cesser d’acheter des bouteilles d’eau, représentant des économies pour leurs familles. Les occasions de diarrhées ou de douleurs d’estomac se sont révélées trois fois moins nombreuses dans les écoles bénéficiaires. Ainsi, tout en s’amusant sur un vélo – qui, en plus, leur fait faire de l’exercice – les écoliers se donnent accès à une eau de qualité en quantité. Grâce à des sessions de sensibilisation à l’hygiène dans les écoles, environ 80% des élèves ont confirmé appliquer de meilleures pratiques lorsqu’ils se lavent les mains ou se brossent les dents depuis l’intervention de WAH, et près de 85% des professeurs en charge de l’hygiène affirment mettre en oeuvre de meilleures méthodes d’enseignement grâce aux conseils de l’ONG. La présence de savon dans les écoles est récente, et encore loin d’être automatique au Cambodge : 32% des écoles où WAH n’intervient pas ne disposent pas de savon, et les autres le reçoivent presque toutes gratuitement de la part d’autres ONG.

Un futur ambitieux 

La maturité suffisante du projet combinée à une stratégie d’expansion ambitieuse de l’ONG étaient idéales à la réalisation une étude de mesure d’impact social. Celle-ci, nous l’espérons, saura convaincre de futurs partenaires, investisseurs ou donneurs aux côtés de l’ONG WAH, qui a d’ailleurs rendez-vous avec le gouvernement en novembre prochain pour tenter de déployer le sytème d’eau potable WAH dans toutes les écoles du pays. Nous souhaitons bonne chance à Chris et à son équipe pour continuer à générer de l’impact à grande échelle !

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