Entre le froid de Cañar et la chaleur des festivités équatoriennes

Pour sa sixième et dernière mission, la team AQWA débarque en Amérique Latine. La particularité de cette nouvelle étude ? Sept semaines de collecte et d’analyse de données réparties entre l’Équateur avec le CENAGRAP et la Colombie avec AQUACOL, pour la Fondation AVINA qui apporte son soutien à ces deux organisations locales.

LE FROID DE CAÑAR

Dimanche 4 juin, arrivée à Cañar, petite ville au sud de l’Équateur, non loin de Cuenca et de Guayaquil. Première impression… il y fait froid ! Et oui, malgré un début d’été en France, nous avons perdu quelques (dizaines de) degrés depuis nos aventures cambodgiennes. Située à 3100 mètres d’altitude, la ville de Cañar s’est développée dans les montagnes, à hauteur des nuages.

Nous avons été chaleureusement accueillies par Segundo, directeur opérationnel du CENAGRAP (Centro De Apoyo A La Gestión Rural de Agua Potable), organisme du canton de Cañar qui regroupe, par système d’affiliation, plus d’une centaine d’organisations communautaires de gestion d’eau et les accompagne dans leurs démarches administratives, organisationnelles, opérationnelles et techniques. Avec sa longue tresse, son chapeau feutré noir et son pantacourt, Segundo nous donne un bon aperçu du prêt-à-porter traditionnel de la région.

 

UNE GESTION COMMUNAUTAIRE DE L’EAU

La réalité de l’accès à l’eau en Amérique Latine est très différente de celle que nous avons pu observer sur les continents africain et asiatique. Si l’eau courante à domicile et l’assainissement sont quasiment généralisés en ville, la situation est plus variable dans les zones rurales, où encore environ 35 millions de personnes n’ont pas accès à l’eau courante, et 104 millions à l’assainissement.

Forts d’une tradition d’autogestion et de lutte communautaire, de nombreux villages non approvisionnés en eau potable ont cessé d’attendre l’aide des pouvoirs publics et se sont eux-mêmes donnés les moyens de bénéficier d’un accès à l’eau à domicile, se voyant ainsi reconnaître « leur droit à l’eau potable » – comme aiment le rappeler leurs représentants. Ainsi, 80 000 « organisations communautaires de service d’eau potable et d’assainissement » (OCSAS, selon l’abréviation espagnole) se sont formées dans toute l’Amérique Latine et assurent un accès à l’eau et à l’assainissement pour environ 70 millions de personnes, soit environ 10% de la population totale du continent. Des citoyens sont élus démocratiquement dans chacune de ces communautés pour former le Conseil d’administration de l’OCSAS, en charge de la gestion quotidienne des systèmes d’eau communautaires.

Reposant quasiment exclusivement sur du travail bénévole, les OCSAS font face à de nombreux défis, aussi bien liés à l’absence de reconnaissance politique qu’aux difficultés de gestion dans des communautés où les plus anciens ne sont pas familiers avec les nouveaux critères de gestion imposés par les autorités. Ainsi, la Fondation AVINA, pour laquelle nous travaillons, se bat pour une plus grande visibilité et prise en compte politique de ces organisations, et pour un renforcement de leurs compétences dans toute l’Amérique Latine. La Fondation soutient notamment le CENAGRAP, forme d’alliance publico-communautaire avec la municipalité de Cañar visant à soutenir les OCSAS de la région, aujourd’hui devenu modèle de référence pour tout le continent. Le CENAGRAP organise des formations sur la gestion organisationnelle, administrative et juridique des OCSAS, sur la communication avec les utilisateurs ainsi que sur l’entretien technique des systèmes d’eau. Les associations affiliées au CENAGRAP perçoivent des tarifs préférentiels sur les analyses physico-chimiques et microbiologiques de leur eau dans les laboratoires du CENAGRAP, ainsi que sur le matériel et les outils nécessaires pour l’entretien de leur système d’eau qui sont vendus dans leur magasin. Elles bénéficient également d’un soutien technique, et d’un soutien financier en cas d’accident suite à des désastres naturels (souvent des glissements de terrain en cas de tempêtes).

Nous avons passé trois semaines aux côtés du CENAGRAP à collecter des données permettant l’étude de l’impact social de cette organisation sur les OCSAS.

Un aperçu des montagnes équatoriennes

 

UNE CULTURE QUI RÉCHAUFFE LE COEUR

Sur le terrain, nous avons été éblouies par la richesse culturelle et les traditions de la région. À plusieurs kilomètres, à l’intérieur des montagnes, des petits villages aspirés par les nuages révèlent des terrains agricoles et petites maisons excentrées. Avec leurs chapeaux, leurs longues jupes bouffantes et leurs ponchos colorés, les femmes des communautés rayonnent, malgré leur relative petite taille. Quant aux hommes, ils ont des allures de cowboys avec leurs chapeaux ! Dès que l’on quitte les hauteurs en direction de la côte, à une ou deux heures de Cañar, le thermomètre augmente progressivement, des champs de bananiers et plantations de café font leur apparition, les fruits de mer sont au menu des restaurants… nous sommes vite transportées d’un monde à l’autre !

Au delà du grand froid, nous avons découvert un Equateur riche en traditions et festivités. Finalement, pas besoin de nous aventurer jusqu’à la côte pour retrouver un peu de chaleur. Le mois de juin a été un mois animé pour la ville de Cañar : entre le « pregón » de la ville, l’Inti Raymi et le quinzième anniversaire du CENAGRAP, nous ne sommes pas restées sur notre faim au niveau des évènements locaux.

Le pregón est un défilé annuel qui fête l’anniversaire de la « cantonización » de Cañar (orgsnisation en canton), où chacun représente son organisation par des danses ou démonstrations : l’université, le club de moto ou les vendeuses du marché, tout le monde y passe ! Bien sûr,  l’équipe du CENAGRAP a aussi fièrement défilé sous les regards curieux et admiratifs de la ville… Brochettes de poulet, feux d’artifices et tenues traditionnelles sont au rendez-vous. N’oublions pas de préciser que chaque année, Miss Cañar, reine de beauté de la ville, est élue par des jurys certifiés !

Segundo, lors du grand défilé du CENAGRAP durant le pregón

 

L’Inti Raymi, c’est la fête du soleil ! Elle a lieu tous les ans dans plusieurs pays d’Amérique Latine. Chanceuses une fois encore, nous étions présentes le 17 et 18 Juin à Ingapirca afin de vivre cette fête pleine de couleurs. Nous avons assisté à des chorégraphies de groupes des Andes, de la Côte et même du Pérou, minutieusement préparées, et en avons pris plein les yeux et les oreilles avec leurs sublimes tenues et leurs musiques entraînantes !

L’Inti Raymi, ou la fête du Soleil

 

On ne s’arrête pas de si bon chemin à Cañar : notre mission en Equateur a été clôturée par le quinzième anniversaire du CENAGRAP. Après un défilé accompagné par un orchestre dans toute la ville, plus de 1000 Cañaris (habitants de Cañar tout mignons) arrivent au « coliseo« , grand espace entouré de gradins, afin d’écouter des discours sur les progrès réalisés en termes d’accès à l’eau, un moment fédérateur dans cette lutte pour la reconnaissance des organisations communautaires par les pouvoirs publics. Mais en réalité, les foules sont surtout venues assister au moment tant attendu… du concours des organisations communautaires gérant le mieux leur système d’accès à l’eau ! De nombreux critères rentraient en jeu dans la compétition (qualité de la prestation du service d’eau, documents de gestion à jour, etc.), et les communautés obtenant le plus de points se sont vues recevoir des récompenses (matériel informatique, bureaux, chaises…). Pendant ce temps, secrètement, certains rêvaient sûrement déjà de la  » pampa mesa », ce repas convivial réparti sur de grandes bâches en plastique prévu à la suite des discours. Au menu : des pommes de terre, des patates douces, des bananes, du poulet, du porc, du maïs, le tout préparé avec soin par les communautés !

La « pampa mesa », ou grand pique-nique communautaire

 

UN IMPACT SOCIAL QUI RESTE À ÉVALUER

Après trois semaines de mission, nous ne pouvons pas encore conclure sur l’impact social généré par le CENAGRAP, car l’analyse des données se fera à la toute fin de la mission, en Colombie. En revanche, nous avons pu d’ores et déjà observer sur le terrain que les systèmes d’eau étaient en bon état de fonctionnement et que les habitants recevaient une eau de bonne qualité en général. Les associations communautaires ont également une meilleure organisation grâce à la réalisation d’un budget annuel ou bien par la planification plus méthodique de projets.

C’était un plaisir de travailler durant cette courte période avec l’équipe du CENAGRAP, que nous remercions chaleureusement et à laquelle nous souhaitons une belle continuation dans ses futurs projets ! Place à la suite de notre mission pour la Fondation AVINA en Colombie… A suivre !

 

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